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Qu’est ce que «études zoroastriennes»? - FR
 

European Centre for Zoroastrian Studies

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Qu’est ce que «études zoroastriennes»?

Les études zoroastriennes sont des champs de recherche bien établis depuis longtemps dans les sphères académiques occidentales. La plupart des universités européennes ou américaines enseignent cette matière. Leur but est d’étudier les idées, l’œuvre, l’influence et la langue d’un des personnages les plus fascinants de l’Histoire, celui que les Perses appelaient Zarathoustra et les Grecs Zoroastre.

En effet, depuis plus de 3.000 ans, Zarathoustra est entré dans les mythologies et dans l’inconscient collectif tant de l’Europe que de la Perse et des pays de l’Asie centrale.

Depuis les temps anciens, le nom de Zarathoustra a été utilisé constamment par les philosophes grecs en tant que symbole de connaissance. Beaucoup d’entre eux ont même fait abriter leurs travaux scientifiques ou philosophiques sous le couvert de l’autorité de Zarathoustra. Pythagore se disait son élève et Aristote affirmait que son maître Platon tirait de lui toutes ses connaissances. Pratiquement tous les grands philosophes grecs étaient sensés avoir étudié à l’école de Zarathoustra. ( voir entre autres J. Duchesne-Guillemin : The Western Response to Zarathustra ; Oxford 1958; .M Afnan ; Zoroaster’s Influence on Greek Thought ; New York 1965; J.A.Farrell;The Influence of Zarathustra and Zoroastrianism on Western Culture, Sydney 1977).

A cette époque, les Perses administraient les affaires du monde et la pensée de Zarathoustra, devenue leur ferment spirituel, fascinait les Grecs.

En effet, à partir du Ve siècle av.J.C., les Perses ont constitué le premier empire universel de l’Histoire, comprenant quarante- six nations, dont la Grèce, l’Egypte et l’Inde. L’Orient et l’Occident étaient pratiquement unifiés et cela allait durer plus de deux cents ans.

Grâce à la réforme zoroastrienne, les Perses ont propagé de façon complètement inédite les idées les plus tolérantes et les plus humanistes dans ce vaste empire, en contraste total avec la barbarie qui les précédait. Ils avaient appris que « la vérité n’appartient à aucun peuple, à aucun pays, à aucune race ». ( voir ; Gerard Israel ; Cyrus le Grand ; Fondateur de l’empire Perse, Paris 1987 ; R. Ghirshman ; Les Perses; Paris, Gallimard 1967 ; Platon ; Les Lois, III 693, 694 ; Xenophon ; Cyropedie, Paris,Flammarion 1967).

Dans cette atmosphère zoroastrienne, qui a permis d’abandonner tous les dogmes et tous les formalismes religieux, la première déclaration des droits de l’homme fut rédigée au 6e siècle av.JC, sous Cyrus, premier roi des Perses. Selon cette charte, découverte au 19e siècle en Mésopotamie, gravée en ancien persan sur un prisme d’argile et conservée aujourd’hui au British Museum, les peuples de l’empire jouissaient d’une liberté totale de croyance, de langue et de coutumes : « J’ai accordé à tous les hommes la liberté d’adorer leurs propres dieux et ordonné que personne n’ait le droit de les maltraiter pour cela. J’ai ordonné qu’aucune maison ne soit détruite. J’ai garanti la paix, la tranquilité à tous les hommes. J’ai reconnu le droit de chacun à vivre en paix dans le pays de son choix… » . ( voir ;W. Eilers, le texte cunéiforme du cylindre de Cyrus, Acta Iranica, tome II 1974 ; I.Quiles Analyse des principes énoncés dans le Cylindre de Cyrus, Acta Iranica, TomeI, 1973 J.Israel ;Cyrus le Grand, op.cit. pp268-269 )

C’était la première révolution humaniste et libératrice de l’Histoire, autant pour les femmes que pour les hommes. En ce qui concerne les femmes, le grand spécialiste de Zarathoustra Paul du Breuil écrit « les femmes perses jouissaient d’une liberté unique dans l’Antiquité grâce à la reforme de Zarathoustra avant qui la femme arya était une véritable esclave, comme pour Aristote chez qui la femme relève d’un statut proche de l’esclavage » ( Paul du Breuil, Histoire de la philosophie zoroastrienne, p.110, Paris 1984).

C’est aussi durant cette période que le temple de Jérusalem, détruit au 7e siècle av.JC. par le Babylonien Nabuchodonosor, fut rebâti par Cyrus et ses successeurs, et que les juifs déportés en Babylonie purent regagner leur pays. Cyrus entra ainsi dans la Bible.

Les prophètes hébreux, tels que Isaie, Ezéchiel, Daniel et Jérémie l’appelèrent le Sauveur et l’Envoyé de Dieu.( voir ; E. Yamauchi, Persia and Bible, NewYork 1990 ; Gerard Israel ; Cyrus le Grand, op. cit.pp.267-271 ; R.de Vaux,Les décrets de Cyrus et de Darius sur la reconstruction du Temple; Paris 1937).

La libération du peuple juif par Cyrus, la reconstruction du temple de Jérusalem par Darius et le rassemblement des traditions de la Torah par Artaxerxès - les trois rois zoroastriens de la Perse - et le retour massif des juifs de leur captivité babylonienne, ont produit une remise en question salvatrice des anciennes lois juives. Les prophètes d’Israël ont alors fait pénétrer, avec un grand lyrisme, la vision zoroastrienne de l’existence dans les Nouvelles Lois.(G. Israel; Cyrus le Grand,op.cit .pp.270-295,

L’éclatement de l’empire perse, au IIIe siècle av JC, ne réduisit paradoxalement en rien le prestige de Zarathoustra. Au contraire, pendant la période hellénistique, puis durant la période romaine, la passion pour Zarathoustra prit de telles proportions que les savants de l’époque, pour donner du poids à leurs travaux scientifiques ou philosophiques, ne trouvèrent de meilleur moyen que de les attribuer à Zarathoustra. Cette passion devint même si intense qu’ils commencèrent à lui attribuer à peu près toutes les sciences, y compris l’alchimie et l’astrologie! ( voir; Mary Boyce; History of Zoroastrianism ; 1982., Vol.11 P.491-565 ; J.Duchesne- Guillemin ;The Western Response to Zarathustra, op.cit. )

Au premier siècle de l’ère chrétienne, le Mithraïsme, ancienne religion persane intégrée depuis longtemps dans les conceptions zoroastriennes, devint la religion officielle de l’empire romain. Elle le resta environ trois cents ans, juste avant l’avènement du Christianisme.

Franz Cumont, le grand spécialiste belge du Mithraïsme dont les ouvrages monumentaux sur ce sujet- écrits à la fin du 19e siècle- restent pour l’essentiel toujours actuels, considère le Mithraïsme comme « l’expression romaine du Zoroastrisme ».( voir : F. Cumont ; Textes et monuments figurés relatifs aux mystères de Mithra ; 2 volumes, Bruxelles 1896). C’était une religion de mystères à sept niveaux d’élévation spirituelle. Des milliers de temples créés à la gloire de Mithra, le soleil, servaient de lieux de prière. A l’heure actuelle, près de six mille temples de Mithra ont été découverts dans presque toute l’Europe. Au 4e siècle, le christianisme remplace le mithraïsme dans l’empire romain. N’ayant aucune tradition rituelle propre, il absorbera presque l’ensemble des rituels et les dates symboles des Mithraistes. En particulier le 25 décembre, date de naissance de Mithra, devient celle de la naissance du Christ. Le dimanche (jour du soleil), jour férié des Mithraistes, devient jour férié des Chrétiens. Le sapin de Noël, le pain bénit, et bien d’autres choses encore, entrent ainsi dans les traditions chrétiennes. Le prêtre chrétien sera en outre appelé « mon père », suivant le titre du grand maître du 7e degré des Mithraistes. Des siècles plus tard, le mithraïsme devint une des bases de la franc-maçonnerie.

Entretemps, les traditions bibliques tentent à plusieurs reprises de récupérer et d’absorber Zarathoustra dans l’univers sémite. Elles font de lui tantôt « l’initié d’Abraham », tantôt, « l’annonciateur de Jésus ». Beaucoup de concepts zoroastriens entrent également dans le christianisme. En particulier, le Dieu chrétien devient « la lumière libérée des ténèbres », comme l’affirme l’apôtre Jean. Il rejoint ainsi l’énergie du Bien et de la Lumière, appelée dans les concepts zoroastriens Ahura Mazda, libérée du mal et s’opposant au mal, que Zarathoustra annonçait mille ans avant la naissance du Christ. ( P. du Breuil, Zarathoustra, la transfiguration du monde,Paris 1978, chapitre.xiii ).

Au 7e siècle, l’empire perse, patrie de Zarathoustra, est envahi par les Arabes islamisés. Cette invasion violente dure près de deux siècles pendant lesquels ce qu’il était resté de la civilisation zoroastrienne de la Perse est presque anéanti ; « pendant six mois, des centaines de milliers de livres brûlés chauffaient le réservoir d’eau des bains publics » écrit l’historien arabe Ibn Khaldoun.

En Europe cependant, Zarathoustra n’est pas mort mais il est relégué au domaine païen ; la confusion et l’absurdité à son égard sont poussées à un tel point que pendant toute la période du Moyen-Age chrétien, Zarathoustra est appelé le prince des mages qui, eux, étaient confondus avec des magiciens! On lui attribue même l’invention de la Cabale juive! ( Voir ; J’Bidez et F. Cumont, Les mages hellénisés, Paris 1938,rééditée 1973,p.6 ; J.Duchesne-Guillemin, Les religions de l’Iran, op.cit., p.253)

Cette confusion continue jusqu'à la Renaissance. A cette époque, le grand et l’influent philosophe byzantin du 14e et du 15e siècle, Giorgius Plethon, qui était initié à la philosophie zoroastrienne par son maître juif Eliaus, tente d’établir une religion universelle faite du zoroastrisme et du platonisme, pour remplacer les trois religions juive, chrétienne et islamique. ( voir; J. Duchesn-Guillemin ; Western Response to Zaratoutra, op.cit. p.4 ; H.Lewy, Chaldean Oracles..in the later Roman Empire, Cairo 1956 pp.99ss). Il n’a pas réussi, mais ses idées, répandues parmi l’élite européenne, ont fleuri au sein de l’académie platonicienne de Florence. Elles sont devenues la base du processus qui conduisit à l’humanisme dans l’Europe de la Renaissance.

A partir de cette période, l’intérêt pour Zarathoustra renaît une fois de plus. Il faut tout redécouvrir, y compris la langue dans laquelle sa pensée avait été transcrite mais était tombée dans l’oubli depuis des siècles.

Dès le 17e siècle, des recherches commencent. Mais le climat de l’époque, passionné et teinté d’esprit partisan entre les chercheurs chrétiens, juifs et humanistes, ne permet pas un progrès significatif. Il faudra attendre le 18e siècle pour qu’un savant français, Anquetil Duperron, traduise du vieux et du moyen persan, des textes rassemblés dans un livre appelé Avesta. ( H. Anquetil du Perron ; Zand-Avesta, ouvrage de Zoroastre, Paris 1771)

Or, contrairement à ce que Duperron avait pensé, l’Avesta n’était pas « l’ouvrage de Zarathoustra » mais était composé de textes disparates, écrits pour la plupart des siècles, et parfois même près de mille ans, après Zarathoustra.

Cependant, la traduction d’Avesta provoque des discussions extrêmement passionnées en Europe, parmi les philosophes et les écrivains. Voltaire, Grimme, Diderot, Goethe, Von Kleist, Byron, Worthsmith, Shelley et plus tard Nietzsche et bien d’autres entrent dans cette bataille idéologique. ( voir la liste des textes de ces écrivains sur Zarathoustra dans : J. Duchesne- Guillemin, The Western Response to Zarathoustra,op.cit.p.16-17). Les grands musiciens aussi y participent. Rameau fait entrer Zarathoustra dans son opéra « Zoroastre », Mozart dans sa «Flûte enchantée » et Richard Strauss dans sa symphonie « Ainsi parlait Zarathoustra ».

La principale raison de l’intérêt des intellectuels européens pour Zarathoustra réside dans le fait qu’ils pensaient ainsi pouvoir se procurer une arme contre le christianisme. Pour eux, l’Eglise n’avait plus le monopole de la vérité. La vérité pouvait aussi se trouver dans une tradition non-chrétienne, bien plus ancienne que le christianisme.

Pendant ce temps, les intellectuels chrétiens contre-attaquent, accusant Duperron d’être un faussaire et la traduction d’Avesta d’être un faux. Les philologues, eux aussi, entrent alors dans la bataille.

Trois ans après, une autre traduction d’Avesta, faite par le linguiste allemand Kleukers, donne raison à Duperron et Avesta entre définitivement dans le domaine de la recherche scientifique. Il faut cependant attendre encore trente ans pour que les derniers résistants se rendent et admettent son authenticité.

Malgré cette victoire, tout n’était pas pour autant résolu. Une partie d’Avesta, c’est-à-dire 17 chapitres sur 72, paraissait être écrite dans une langue bien plus ancienne que le reste. Ces 17 chapîtres, appelés « les Gathas » ou les « chants poétiques », étaient écrits dans le même style linguistique que le « Rig Veda », les hymnes sacrés de l’Inde ancienne.

Mais les Gathas semblaient être encore plus anciens que le Rig Veda. Les prêtres zoroastriens récitaient ces paroles depuis des siècles sans en connaître la langue, ni le sens. La langue des Gathas était en effet tombée dans l’oubli depuis près de mille ans.

En 1861, le brillant philologue Martin Haug réussit à isoler ces 17 hymnes du reste d’Avesta et à les traduire (bien que sa traduction comporte un certain nombre d’erreurs importantes). Les recherches philologiques démontrèrent que ces 17 chapitres, les Gathas, étaient les mots-mêmes sortis de la bouche de Zarathoustra, près de 3.000 ans auparavant ! ( Martin Haug; Essays on the sacred language, 2e ed.1878).


Ce qui ressortait des Gathas pouvait être résumé comme suit:
Le but de la vie est de mener une existence heureuse et joyeuse (plus de 75 fois, les deux mots «bonheur» et «joyeux» sont répètés dans les Gathas). Le bonheur individuel dépend du bonheur de la société, et la société ne peut être heureuse que si tous les êtres qui la composent, y compris les animaux et les plantes, peuvent mener une existence paisible et épanouie.

Cependant, pour obtenir et surtout maintenir cet état de bonheur, il faut que les hommes et les femmes apprennent les fondements des lois qui régissent leur existence.

Ces lois comportent trois principes de base :

1- la vie est conditionnée par des forces opposées qui, à chaque instant, en agissant sur nos pensées et nos sentiments, mènent en nous et en dehors de nous une lutte sans merci. La joie et la tristesse, l’amour et la haine, la justice et l’injustice, la vérité et le mensonge, la quiétude et l’anxiété, l’harmonie et le désordre, la connaissance et l’ignorance, l’ouverture d’esprit et l’obscurantisme ainsi que d’innomrables autres forces contradictoires, nous tiraillent à chaque instant vers eux.

La source d’où émanent les forces positives, celles qui nous mènent vers le bonheur et la paix intérieure, est appelée Ahura Mazda, qui veut dire « force de la sagesse ».

Quant aux forces négatives, celles qui mènent vers le malheur et l’anxiété, elles sont appelées angra maynu, ce qui signifie anxiété, angoisse.

2- pour exister, chaque force crée aussitôt son contraire. Dans ce monde, aucune force ne peut avoir de sens sans celle qui lui est opposée. Bon sans mauvais, quiétude sans anxieté, amour sans haine, vérité sans mensonge, etc. n’ont aucun sens. Chaque force se définit donc par rapport à son contraire.

3- dans ce combat existentiel entre le bien et le mal, les hommes et les femmes ont la liberté de choisir entre les forces antagonistes. Ils peuvent choisir entre la joie et la tristesse, entre l’amitié et l’inimitié, entre la vérité et le mensonge, entre la justice et l’injustice…etc. Et cette liberté de choix entre le bien et le mal les rend aussi responsables.

Dans les Gathas, des mots tels que justesse et rectitude de pensée, parole et acte sont constamment utilisés et la phrase- clé est « la pensée juste, la parole juste et l’action juste ».

L’essence des idées de Zarathoustra, énoncées plus de 3.000 ans auparavant, fut brillamment reprise en 1883, c’est-à-dire quelques années seulement après la redécouverte des textes des Gathas par l’un des plus grands philosophes de notre temps, Friedrich-Wilhelm Nietzsche, dans son livre «Ainsi parlait Zarathoustra». Cet ouvrage bouleverse radicalement la pensée européenne des temps modernes ( Voir, James Farrell ; The Influence of Zarathustra on Western Culture, op.cit.)).

Khosro Khazai ( Pardis)
Docteur en Histoire des Civilisations


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